Réprimer les déchets… ou réprimer la solidarité ?


Depuis quelques mois, la gestion des déchets fait de plus en plus la manchette au Québec. L’article « La police des vidanges vous surveille », publié par le Journal de Montréal, illustre une nouvelle réalité : plusieurs municipalités renforcent la surveillance des déchets domestiques afin d’identifier les contrevenants.

Inspection des sacs, contrôle accru des bacs de collecte et nouvelles mesures pour responsabiliser les citoyens font maintenant partie du paysage.

Dans certaines villes, les bacs de collecte sélective sont même identifiés par puce, permettant de mesurer les volumes et d’éviter les coûts supplémentaires associés aux excédents.

L’objectif est clair : améliorer la gestion des matières résiduelles et réduire les abus.

Mais une question se pose.

Que se passe-t-il lorsque certains cherchent simplement à contourner le système ?


Quand les déchets changent de destination

Sur le terrain, nos équipes observent un phénomène préoccupant.

À mesure que les contrôles se resserrent autour de la collecte municipale, certains déchets semblent simplement changer de destination.

Plutôt que d’être déposés dans les circuits municipaux, des sacs noirs de déchets domestiques apparaissent dans des endroits qui ne sont pas conçus pour les recevoir :

• conteneurs commerciaux
• sites de dons de vêtements
• points de collecte communautaires

Les sites de dons de la Fondation La Collecte n’échappent pas à cette réalité.

Nos équipes constatent une augmentation de sacs noirs contenant des déchets ménagers, déposés dans ou autour des conteneurs destinés aux dons de vêtements.

Ces sacs peuvent contenir :

• déchets domestiques
• objets brisés
• matières contaminées
• rebuts non récupérables

Autrement dit, des matières qui devraient normalement être prises en charge par les collectes municipales.


La collecte de vêtements : une solution environnementale concrète

Depuis plus de vingt-cinq ans, la Fondation La Collecte contribue à détourner des milliers de tonnes de textiles de l’enfouissement.

Le principe est simple : récupérer des vêtements qui auraient autrement été jetés et leur offrir une seconde vie.

Chaque sac de vêtements donné représente :

• un textile détourné de l’enfouissement
• une réduction des déchets domestiques
• une ressource valorisée plutôt qu’éliminée

Mais la portée de ce geste dépasse largement la dimension environnementale.

Les revenus générés par la valorisation des vêtements collectés permettent également de soutenir les programmes de mentorat de Grands Frères Grandes Sœurs du Grand Montréal.

Un simple don de vêtements contribue donc à la fois à :

• l’économie circulaire
• la réduction des déchets textiles
• le soutien à une cause sociale


Un paradoxe environnemental

La situation actuelle révèle un paradoxe.

D’un côté, les municipalités cherchent légitimement à améliorer la gestion des déchets et à responsabiliser les citoyens.

De l’autre, lorsque certains déchets sont redirigés vers des infrastructures qui ne sont pas conçues pour les recevoir, ce sont souvent les initiatives communautaires qui en subissent les conséquences.

Les sacs noirs déposés sur les sites de dons entraînent :

• des opérations de nettoyage supplémentaires
• des coûts logistiques imprévus
• une contamination des matières récupérables
• une détérioration des lieux destinés à la générosité citoyenne

Ces situations restent minoritaires, mais leur multiplication représente un défi réel pour les organismes qui participent à la réduction des déchets textiles.


Préserver les solutions qui fonctionnent

La lutte contre les dépôts illégaux est nécessaire.

Elle protège l’environnement et contribue à maintenir la propreté des milieux de vie.

Mais elle doit aussi s’accompagner d’une reconnaissance des initiatives communautaires qui contribuent déjà à réduire les déchets.

La collecte de vêtements en fait partie.

Elle permet de transformer un geste simple — donner des vêtements — en impact environnemental et social.

Pour que ce modèle continue de fonctionner, il est essentiel que les points de dons soient utilisés pour ce qu’ils sont réellement :

des lieux de solidarité et de réutilisation.

Un sac de vêtements bien donné peut prolonger la vie d’un textile, réduire l’enfouissement et soutenir un enfant dans un programme de mentorat.

La lutte contre les déchets et la solidarité citoyenne ne sont pas des forces opposées.

Elles devraient avancer dans la même direction.